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Marie-Martine Lips (Présidente du CNCRESS)

18.05.2019
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Marie-Martine Lips, Présidente du Conseil National des Chambres Régionales de l’Économie Sociale et Solidaire (CNCRESS), nous apporte son éclairage sur les défis actuels de l’économie sociale et solidaire (ESS). Son rôle prépondérant dans la transition écologique, sa capacité à répondre aux attentes soulevées par le mouvement des gilets jaunes et la place essentielle des Chambres Régionales de l’Économie Sociale et Solidaire (CRESS) au sein des territoires.
 

L’Économie Sociale et Solidaire a-t-elle un rôle à jouer dans la transition écologique ?

C’est certainement l’enjeu qui va être prépondérant dans les années à venir. Tous les signaux sont au rouge et l’humanité ne pourra pas continuer sur la voie de l’exploitation sans frein des ressources, ni ignorer les conséquences de ses activités sur l’environnement ou la santé. L’Économie Sociale et Solidaire (ESS) a tous les atouts pour contribuer au développement durable, elle le fait déjà très largement et on ne compte plus les actions en la matière, souvent isolées malheureusement. Pour passer de cette mosaïque à un rôle structurant il faut avoir une vision globale et repérer les besoins des acteurs pour pouvoir les mettre en lien, mettre en place les accompagnements et les financements adéquats. Il faut s’en donner les moyens. C’est aussi une question de politiques et de dispositifs. Cela passe par la prise en compte de ce qui fait la différence et la plus-value de l’ESS et par un choix affiché de favoriser une économie au service de l’intérêt général tant pour la place qui lui est donnée, que dans la répartition des aides financières ou les marchés publics. Nous devons continuer à faire émerger des projets nouveaux, à structurer les filières où nos compétences et nos modalités entrepreneuriales sont un plus, l’économie circulaire, mais aussi l’écoconstruction, l’alimentation, le bien vieillir et bien d’autres domaines. 

 

L’ESS a-t-elle été interpellée par les gilets jaunes ?

Ces derniers mois ont vu émerger et perdurer une crise sociale et citoyenne. Nous devons entendre ce qui s’est révélé. Le besoin de plus de justice sociale mais aussi des attentes fortes de transparence et d’association des citoyens aux actions qui les concernent. Là aussi, l’ESS constitue une vraie réponse tant dans l’approche collective, que par l’association des parties prenantes aux gouvernances, et une autre redistribution de la richesse produite en direction des territoires, des usagers, des salariés. Cela ne va pas sans une exigence forte envers elle-même : celles et ceux qui choisissent l’économie sociale et solidaire en tant que consommateurs, prescripteurs, investisseurs, salariés, militants doivent avoir l’assurance que les raisons de ce choix seront respectées. Nous avons d’ailleurs un outil pour cela, qu’il nous incombe d’appliquer, de développer et de faire connaître : le guide des bonnes pratiques. C’est le moyen de prouver que l’ESS ne se contente pas d’avoir des valeurs, elle sait les mettre en pratique au quotidien.

 

Quel est le rôle des CRESS pour favoriser ces évolutions ?

Les CRESS ont une place particulière qu’elles ont construite et qui a été légitimée et amplifiée par la loi ESS de 2014. Elles sont à la fois l’interlocuteur de la puissance publique, la voix des entreprises et des grands réseaux de l’ESS, un pivot essentiel entre elles et les collectivités, et ont un rôle d’animation des parties prenantes sur les territoires et de structuration. Interlocutrices de l’Etat et des régions avec lesquels elles co-construisent des stratégies de développement, mais aussi des métropoles notamment pour accompagner le développement d’activités et d’emplois dans les quartiers « politique de la ville », des départements qui, pour la mise en œuvre de leurs politiques d’action sociale ou d’équité territoriale savent pouvoir s’appuyer sur le savoir-faire des entreprises de l’ESS, ou les EPCI qui, depuis la loi NOTRe, ont un rôle déterminant d’accompagnement d’un développement économique adapté aux nouveaux enjeux dont je parlais plus haut. Vis-à-vis des entreprises de l’ESS les CRESS s’attachent à créer un environnement favorable, défendre leurs particularités pour que les différents dispositifs en tiennent compte, rendre visibles et accessibles les différentes possibilités d’accompagnement adapté, voire contribuer à créer ceux qui n’existent pas encore, ou faciliter les mises en relations d’affaires. Les observatoires qu’elles portent permettent de mieux identifier la réalité de l’apport de l’ESS au développement territorial, de jouer un rôle prospectif afin d’identifier les filières à renforcer ou structurer puis d’en accompagner la réalisation